FR - EN
"Si nous vivons dans une simulation, celle-ci est-elle le rêve d’un Béluga ?
Nous pénétrons l’énorme bosse frontale de la bête.
De cet organe, le son se propage, ondulant lentement jusqu’aux neurones les plus proches. Gamma, Theta et Alpha pétrissent chaque synapse engourdie.
Bienvenue au carnaval des fantômes : silhouettes presque humanoïdes, corps aquatiques ou alienesques, lichen-corail accrochés aux parois des murs… Les êtres qui se cramponnent ça et là tentent de se connecter par pulsations et par frémissements de queues.
Ici, s’enlacent des mues, maintenues en vie par une respiration artificielle : les têtards du futur dont les jambes ont fusionné, dont les mains se métamorphosent, grain de sable par grain de sable, en filaments aux formes d’algues.
Elle cherche, sous la membrane élastique couleur muscle.
Elle aperçoit ce que l’humaine redeviendra peut-être : champignons, cavités, viscosités.
Le portail module une boucle étrange :
Qui est ta Faux jumelle ?
Au loin, l’être sirénien fait son entrée dans le cirque.
Il se vêt de tentacules, enfile ses ailerons et tournoie, comme les autres, dans une cage en verre flotté.
Nous aussi, nous observons le réel à travers un écran.
Nous aspirons à devenir gluantes.
Gantées de noir, moisies, en suspension.
Elle invoque les êtres suintants, calcifiés et baveux qui s’échappent, un à un, de la matière molle.
Elle appelle les spectres sans forme des noirs sans fond.
Est-ce une hypnose improvisée ou un jeu d’hyper-réalité ?
Costumes et parures émaillées deviennent autant d’enveloppes à revêtir pour s’enliser dans la masse gélatineuse, la graisse de cire qui permet de communiquer, en sonar.
La protubérance serait-elle divinatrice ?
Nous immergeant dans la régression, nous ramenant à l’eau, sans peau, ni intention, ni intestin."
- FAUX JUMELLE
